Critique de 12 Years A Slave (Steve McQueen)

12 years a slave

Marié et père de deux enfants, Salomon Northup est un jeune noir américain né libre. Capturé par des ségrégationnistes, il va devenir un esclave et sera déporté à la Nouvelle-Orléans où il travaillera de force pour différents « maitres ». Son calvaire va durer 12 ans.

Quand un réalisateur noir s’attaque à la lourde histoire esclavagiste des États-Unis, c’est tout un peuple qui regarde droit dans les yeux de son passé. Après Hunger et Shame, Steve McQueen livre un nouveau film coup de poing qui n’a de cesse de faire parler de lui depuis sa sortie américaine en novembre 2013. Adapté des mémoires de Salomon Northup, joué par un impeccable Chiwetel Ejiofor dans le film, 12 Years A Slave est favori pour l’Oscar du meilleur film au mois de mars prochain : on comprend aisément pourquoi tant le long-métrage offre du début à la fin une intensité à couper le souffle.

Réalisateur et acteurs sont au diapason de cette oeuvre dense qui laisse derrière elle un souvenir impérissable. Elle fait réfléchir sur ce qu’était l’homme il y a encore 150 ans, et même sur ce qu’il est encore de bien des façons. Quelle faible part d’humanité faut-il posséder pour avancer le fait qu’un homme puisse naître inférieur à un autre homme ? Incarné par un magistral Michael Fassbender, acteur fétiche de Steve McQueen, l’esclavagiste Edwin Epps se pose ici en véritable bourreau, anti-thèse de l’être humain qui s’appuie même sur des passages fallacieux de la Bible pour afficher bonne conscience et justifier ses actes odieux sur ce qu’il appelle ses « propriétés ».

Le réalisateur anglais confirme ici la maîtrise de son sujet : bien que parfois très violent (multiples scènes de torture, pendaisons, viols, …), 12 Years A Slave s’attache à montrer la réalité telle qu’elle l’était, sans faux semblants ni détours. Certains longs plans fixes donnent à ce titre le frisson tant ils font partager l’horreur des situations exposées : on pense notamment à la scène où Salomon est lynché par John Tibeats (Paul Dano) et deux de ses acolytes. Pendu au bout d’une corde, les orteils à peine en contact avec le sol, il restera là de longues minutes avant d’être libéré.

Le tout est superbement magnifié par la bande-son de Hans Zimmer, qui offre ici et comme à son habitude une partition en parfaite adéquation avec le film. On notera d’ailleurs au sujet du son que certains petits détails renforcent l’importance de scène clé de la projection : le bruit des chaînes qui emprisonnent pour la toute première fois Salomon restera longtemps gravé dans votre mémoire auditive.

Ma note : 9/10. Un film poignant et une oeuvre majeure de plus dans la filmographie de Steve Mcqueen qui réalise jusqu’à présent un sans faute. 12 Years A Slave n’aura pas volé son Oscar s’il l’emporte lors de la prochaine cérémonie.

La bande-annonce en VOST :

Critique de Don Jon (Joseph Gordon-Levitt)

DON-JON-Affiche-France

Peu de choses comptent réellement dans la vie de Jon Martello, alias Don Jon : parmi elles, il y a sa voiture, sa famille, son sport, ses sorties, ses conquêtes, mais aussi et surtout…son porno. Incapable de développer une relation normale, son petit monde va être chamboulé quand il va rencontrer Barbara Sugarman, une jeune femme pleine d’idéaux sur la vie de couple.

Pour sa première réalisation, Joseph Gordon-Levitt (Inception, Batman : The Dark Knight, …) s’attaque à un sujet éminemment difficile et casse-gueule : les relations hommes/femmes. Et il semble impossible de tomber dans les clichés lorsqu’un tel propos est abordé : ici, on retrouve sous les traits de l’acteur de Looper un homme hautement caricatural qui passe son temps à sculpter son corps et à courir les filles, en les comparant de façon inévitable aux actrices des films pornographiques qu’il consomme à haute fréquence. Ajoutez à cela une Scarlett Johansson parfaite dans son rôle de bimbo écervelée aux idées bien arrêtées sur ce que doit être et ne pas être un homme, et vous pourrez avoir la sensation d’obtenir un film comme vous en avez déjà vu des dizaines dans votre vie.

Seulement, JGL (pour les intimes) pousse un peu plus loin la réflexion et s’attaque de plein front à des problèmes récurrents de la société : importance du paraître, perte des repères entre la pornographie et la sexualité, idées bien arrêtées sur les rôles de l’homme et de la femme. Tous traités avec légèreté et un certain ridicule, comédie oblige, les différents sujets abordés feront néanmoins méditer une génération Y accro à internet et à la perfection plastique.

Le réalisateur/acteur ne voyait personne d’autre que Scarlett Johansson pour incarner son personnage féminin principal : grand bien lui en a pris puisqu’elle joue à la perfection cette bombe fantasmatique qu’est Barbara Sugarman. On retrouve également avec un immense plaisir Tony Danza, alias Tony Micelli dans la série Madame est servie (Who’s the boss en V.O) , en père de famille italien des plus caricaturales. On pourra regretter la présence quelque peu légère d’une Julianne Moore qui a du mal à convaincre dans son rôle de veuve éplorée.

On se retrouve donc au final avec une première réalisation plus originale qu’il n’y parait. JGL ne révolutionne pas pour autant le genre, mais apporte sa pierre à l’édifice avec un film qui n’est pas fait que de bons sentiments, loin s’en faut. Un bon moment passé devant un long-métrage qui, sans faux jeu de mot, ne restera néanmoins pas dans les annales.

Ma note : 6/10. Un agréable divertissement dont la réflexion vous accompagnera quelques minutes après son visionnage. Mais pas de quoi se relever la nuit comme le ferait Don Jon pour mater un porno.

La bande-annonce en VOST :

Critique de Le loup de Wall Street (Martin Scorsese)

le loup de wall street

L’ascension et la chute de Jordan Belfort, courtier new-yorkais qui mena une vie débridée lors de la fin des années 80. Drogues, femmes, voitures de luxe et paquebot : rien n’était de trop pour ce jeune loup fait par le système financier.

Lignes de cocaïne longues comme le bras, milliers de dollars dépensés telle de la vulgaire menue monnaie, consommation de prostituées à la chaine : difficile de ne pas avoir la nausée en sortant du visionnage du Loup de Wall Street, dernier long-métrage de Martin Scorsese avec son acteur fétiche, Leonardo Di Caprio. Durant 3h, le réalisateur nous offre une incroyable plongée dans la vie d’un trader d’exception de la fin des années 80 qui a mis un place des systèmes financiers jusqu’alors inédits et qui s’est par la même occasion goinfré de millions de dollars. À aucun moment Scorsese ne porte de jugement sur ce qui se déroule à l’écran : il se contente de livrer presque froidement les actes de cette meute de loups, sans prendre parti ou livrer une quelconque analyse sur les différents agissements. L’entière narration du récit se fait de la bouche de Jordan Belfort (Leonardo Di Caprio) qui, de manière omnisciente, déballe l’intégralité de ses agissements de l’époque sans le moindre tabou.

Dès la scène d’ouverture, où Belfort et ses acolytes s’adonnent au lancer de nain, Scorsese annonce la couleur : son film sera fou, hallucinant et halluciné. Et les acteurs d’être au diapason de cette incroyable réalisation : Jonah Hill, Jon Bernthal, notre frenchie Jean Dujardin ou encore Matthew McConaughey (pour quelques trop courtes scènes au début du film) livrent une performance électrisante qui donne son entière crédibilité au récit. Et que dire de Di Caprio, qui prouve film après film (si besoin était) qu’il est un très grand acteur hollywoodien : sa carrière devra nécessairement être récompensée par un Oscar.

Aucun doute à avoir : Le loup de Wall Street est un grand film, qui fait figure de référence dans la longue filmographie de Martin Scorsese. À 71 ans, il prouve à quel point il maîtrise son art à la perfection : on ne peut qu’attendre avec impatience ses prochaines réalisations, et notamment de « The Irishman » qui verra une nouvelle collaboration avec Robert de Niro, 20 ans après Casino.

Ma note : 7.5/10. Pour leur 5ème film en commun, Scorsese et Di Caprio offre une performance de premier plan qui marque ce début d’année 2014. On pourra néanmoins regretter une durée excessive (3h) : en résulte quelques longueurs toutefois compréhensibles au vue de la vie débridée de Jordan Belfort, parfaite incarnation de l’hubris.

La bande-annonce en VOST :

Critique de La vie rêvée de Walter Mitty (Ben Stiller)

la vie rêvée de walter mitty

Entre vivre ses rêves et rêver sa vie, Walter Mitty a indubitablement fait son choix : il « déconnecte » régulièrement et s’imagine vivre une vie palpitante. Le jour où une importante photo sensée faire la une du dernier numéro du magazine pour lequel il travaille disparait, Walter va devoir malgré tout partir à l’aventure : pour enfin vivre la vie dont il a toujours rêvé.

Qui n’a jamais rêvé de tout plaquer et de partir sans se retourner et sans même se soucier du lendemain ? C’est en substance ce que propose le nouveau film réalisé par Ben Stiller, dans lequel il joue le rôle d’un indécrottable rêveur capable de complètement déconnecter de la réalité et vivre ainsi des aventures extraordinaires. Alors que le film débute comme un banal film à l’eau de rose où Walter rencontre par le biais de Cheryl Melhoff l’amour de sa vie, il va peu à peu se révéler être une splendide ode au dépassement de soi et au lâcher prise. L’histoire, à mesure qu’elle se déroulera, n’aura de cesse de vous émerveiller. C’est le genre de film que l’on regarde le sourire constamment figé au visage, les yeux brillants d’envie et la bave dégoulinant légèrement sur le côté.

Qu’il soit devant ou derrière la caméra, Ben Stiller est simplement parfait : il a repris avec talent un projet lancé en 1994 du remake d’un film éponyme sorti en 1947 ayant plus ou moins la même histoire. La vie rêvée de Walter Mitty est sans aucun doute la meilleure réalisation à ce jour de l’acteur américain. Son meilleur rôle ? Très certainement. Sans jamais en faire de trop, comme c’est parfois le cas dans d’autres films, il incarne à merveille et avec beaucoup de justesse ce doux rêveur secrètement amoureux et en qui sommeille une soif d’aventure inassouvie jusque là.

À l’image d’un Sean Pean en photographe de l’extrême, les seconds rôles sont savoureux et apportent leur pierre à cet édifice fait de drôlerie, d’émerveillement et de découverte. Une fois la pellicule écoulée, une seule envie va vous étreindre : celle de faire votre sac à dos, de prendre le premier vol qui s’offre à vous, et de partir vivre une aventure extraordinaire à l’autre bout de la planète !

Ma note : 10/10. Un film à voir et à revoir, et sans aucun doute la comédie phare de ce début d’année 2014. Ben Stiller nous invite à réfléchir sur le sens de la vie et sur ce qu’il est possible de faire de celle-ci. On part quand ?

Critique de The Hobbit : la Désolation de Smaug (Peter Jackson)

The hobbit : la desolation de smaug

Après avoir échappé à Azog grâce à l’aide providentielle des aigles, Bilbon, Gandalf et les nains poursuivent leur périple qui a pour but de déloger le dragon Smaug et de reconquérir la cité d’Erebor. Un chemin semé d’embûches qui va leur faire découvrir les côtés les plus sombres de la Terre du Milieu…

Comme pour la trilogie du Seigneur des Anneaux (de 2001 à 2003), Peter Jackson aura attendu un an pour livrer le second épisode de The Hobbit. « La Désolation de Smaug » reprend donc les évènements là où « Une Journée Inattendue » nous avez laissé : les aigles des Monts Brumeux ont sauvé notre compagnie de nains des griffes des orcs de Azog et l’a déposée à plusieurs encablures de l’objectif (faignasses d’aigles). Rapidement, on se retrouve plongé dans l’incroyable univers créé par Tolkien que le réalisateur néo zélandais a parfaitement su retranscrire à l’écran. En tournant dans son pays d’origine, Peter Jackson a su sublimer l’imaginaire de l’auteur anglais.

Après avoir vu le 1er épisode il y a un an, j’étais vraiment dubitatif quant à l’idée d’avoir divisé ce bouquin d’à peine 400 pages en 3 films de presque 3 h, alors que le Seigneur des Anneaux émarge à 1200 pages environ : on se retrouvait alors avec un film fait de longueurs, souvent creux et dont certaines scènes sentaient l’allongement artificiel à plein nez (je cauchemarde encore en repensant à la scène du repas chez Bilbo). Avec ses 161 minutes de film, contre 182 pour « Un voyage inattendu », ce second volet présente encore quelques passages relativement mous ou inutiles (on pense notamment au dialogue avec Smaug), mais reste néanmoins mieux équilibré que son ainé.

En matière de divertissement pur et dur, La désolation de Smaug offre sans nul doute certaines des plus grandes scènes de cette année 2013 : à ce titre, l’épisode de la rivière, où nos valeureux nains fuient à la fois elfes et orcs, restera gravé dans les annales cinématographiques tant elle mélange hauts moments de bravoure, multiples rebondissements et humour savoureux.

À plus d’un titre, la fin abrupte frustrera bon nombre de spectateurs. Il n’y aura d’autre choix que d’attendre un an et la sortie de « Histoire d’un aller et retour » pour connaitre le sort qui attend nos héros.

Ma note : 7/10. Se replonger dans la Terre du Milieu est toujours un aussi grand plaisir. Les rallonges artificielles se font néanmoins sentir, et le niveau de performance global n’atteint que rarement la trilogie du Seigneur des Anneaux auquel il sera quoi qu’il en soit toujours comparé.

La bande-annonce en VOST :

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